Le lac de Bafa se trouve à 40 km de Milas,
et à une vingtaine de kilomètres de la mer Egée. Il est dominé par le mont
Latmos, qui culmine à 1400 mètres, et se trouve enclos dans un parc naturel
protégé.
Le projet de séjourner à Bafa mûrissait
depuis une dizaine d’années : j’avais mis les pieds pour la première fois
à Kapıkırı en 2005, mais n’avait pu y rester que quelques heures. C’est presque
un crime : le lac mérite au bas mot trois jours.
Pendant notre séjour au bord du lac de Bafa,
nous avons pu alterner randonnées, découvertes culturelles et détente dans un
cadre protégé et enchanteur.
La vue sur le lac depuis la forteresse qui protège l'ancien port d'Héraclée du Latmos
Comment
s’y rendre
Ces
informations datent d’avril 2015.
Le lac est long de 15 kilomètres et couvre
une étendue de 176 km², il y a de quoi largement de quoi occuper son séjour !
La partie proche de la mer est couverte de lotissements touristiques bas de
gamme et présente peu d’intérêt. Il faut s’installer dans le village de Kapıkırı,
sur l’autre rive, pour profiter pleinement de son séjour.
Il n’est pas difficile de se rendre à Kapıkırı,
même sans véhicule. Nous sommes parties d’Izmir et avons pris un bus pour
Milas. De là, il suffit de prendre la navette qui relie Milas et Söke. Elle ne
s’engagera pas dans le chemin vicinal qui contourne le lac ; mais dans
notre cas, la difficulté a été levée rapidement, une passagère nous ayant fait
profiter de la voiture de son mari. De toute façon, en Turquie, quand une
liaison n’existe pas, il y aura toujours quelqu’un pour l’inventer au moment où
vous en avez besoin.
Où se
loger
Kapıkırı compte plusieurs pensions
familiales, dont certaines ne sont pas répertoriées sur Internet. Il est donc
facile de se loger pour pas trop cher.
Pour notre part, nous avons choisi de nous
loger à l’hôtel Selenes, qui se situe dans la gamme de prix supérieure, mais
offre des prestations incommensurablement plus agréables. Pour 65€ par nuit à deux, nous avons une
chambre très plaisante avec vue sur le lac, le petit-déjeuner et le dîner,
ainsi qu’une promenade en bateau sur le lac. Attention toutefois : ce
tarif n’est proposé qu’à partir d’un séjour de trois nuits (mais il serait tout
à fait regrettable d’y passer moins de temps).
Sur la plage, au niveau de la pension Hérakleia. On mange devant les ruines d'un monastère byzantin, situé sur une petite île.
Après expérimentation, nous pouvons affirmer
que les repas sont tout à fait délicieux, et que le propriétaire est prêt à se
mettre à quatre pour nous servir ce dont nous rêvons. Les produits servis
viennent essentiellement du village et satisfont les appétits des amateurs de
bio. (Mention spéciale au miel local que nous avons vu butiner dans la
montagne.)
Le repas du midi à l'hôtel Selenes
Autre détail d’importance : l’hôtel
Selenes organise de façon très professionnelle des promenades autour du lac et
des excursions en bateau. Le propriétaire (et son frère) sont de très bon
conseil pour l’organisation des promenades plus faciles.
Héraclée
du Latmos
Le lac de Bafa était autrefois relié à la mer Egée, mais l'ensablement du Méandre l'a peu à peu isolé.
Le village de Kapıkırı se consacre à l’élevage,
à la production d’huile d’olive et de miel. On y séjourne dans un calme absolu,
et sans crainte aucune (ce qui n’est pas négligeable pour les deux jeunes voyageuses
que nous sommes).
Le site est habité depuis très longtemps :
des fresques préhistoriques témoignent d’une présence humaine depuis 11 000
ans. Vers -1000, les Cariens, population anatolienne progressivement
hellénisées, se sont installés à leur tour ; on peut voir leur nécropole
dans et autour de Kapıkırı.
Une partie de la nécropole carienne jouxte le lac.
Enfin, à partir de -287, la ville, qui était bâtie
jusque-là sur les hauteurs du mont Latmos, est descendue au bord du lac, qui
était alors une anse naturelle donnant sur la mer Egée. Ce puissant port,
administré bientôt par les Romains, prit le nom d’Héraclée du Latmos ; on
y exportait le marbre extrait des carrières avoisinantes. On peut voir les
murailles d’Héraclée autour de Kapıkırı : 65 tours de guet rythment les
6,5 km du parcours. Nous sommes allées y jeter un œil avec notre guide (voir la
note qui j’y ai consacré).
Les murailles d'Héraclée du Latmos au niveau de l'entrée du village de Kapıkırı
Héraclée du Latmos a été progressivement
abandonnée durant les premiers siècles de notre ère, à cause de l’ensablement du Méandre, le fleuve qui le reliait à la mer ;
le port s’est ainsi retrouvé coupé de ses débouchés commerciaux, et a été abandonné au profit de Milet. (Je suppose au
passage, à voir le nombre de moustiques qui profitent de l’atmosphère saumâtre
du lac, que la ville a aussi dû subir la malaria et autres joyeusetés.)
Au VIIème siècle, des moines venus d’Egypte
et de Palestine ont trouvé le chemin du lac, après avoir fui les invasions
arabes dans leurs provinces respectives. Les versants chaotiques du Latmos les ont
séduits – voilà un endroit où on n’irait pas les chercher, à moins d’avoir de
bonnes chaussures et un guide expérimenté ! – et ils y ont construit de
puissants monastères, les Sept Frères et Stylos. Ce n’est qu’avec l’arrivée des
Turcs seldjoukides au XIIIème siècle que ces établissements monastiques ont
perdu en éclat.
Aujourd’hui, le village de Kapıkırı est
établi dans les vestiges de la cité d’Héraclée du Latmos, que domine son
antique muraille en partie éboulée. Les ruines des monastères sont visibles sur
l’île, distante d’à peine quelques dizaines de mètres, et sur les versants du
Latmos, au prix de quelques heures de marche.
Les reliefs en grès ont pris des formes surprenantes avec le temps.

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