Installées dans notre chambre luxueuse de la
pension Selenes, nous n’avons qu’un désir : nous frotter au Latmos. Il faut dire qu’il est bien joli, avec tous
ces blocs qui s’éboulent. Mais il faut prendre en compte un facteur, notre
totale absence de préparation physique ; or une montagne, même aguicheuse
comme le Latmos, dont le premier sommet, au-dessus de nos têtes, ne culmine
qu’à 550 mètres, réclame un peu de mise en jambes.
La première promenade, repérée depuis
Fontainebleau, sera donc consacrée au monastère des Sept frères, Yediler en turc. C’est une promenade facile.
Nous escomptons donc revenir en vie.
Mais pourquoi ce cher mont Latmos est-il
couvert de monastères ?
Il n'y a pas que des moines sur le Latmos!
Lorsqu’au VIIème siècle les moines sont
arrivés dans la région, ils ont dû estimer que l’atmosphère y était paisible et
la nourriture abondante ; de plus, leurs monastères, édifiés avec toutes
sortes de caillasses dérobées à la ville carienne et, j’imagine, à la cité
hellénistique, se fondaient dans le paysage. Eh oui : un monastère, au
Moyen-Âge, ce n’est pas un vague refuge de barbus dépressifs ou un bouge hideux
façon La Religieuse ; c’est une belle aubaine pour les pillards !
D’où l’intérêt de se dissimuler derrière les rochers.
Le monastère de Yediler est ruiné comme les
autres, mais la promenade est, croyons-nous, merveilleuse.
C’est
sans compter sans les folies du balisage.
Jusqu’à aujourd’hui, mon expérience de la
randonnée se résume à quelques dimanches d’errance dans la forêt de
Fontainebleau. Suivre un sentier, réclamer la gourde à la copine qui a pensé à
la prendre : je sais faire. A priori, il ne devrait pas être beaucoup pour
difficile d’atteindre le sommet du Latmos. Un sommet, ça se voit.
Les indications du guide local me paraissent
donc pleinement suffisantes : aller à Gölyaka (3 km) par la route, entrer
dans le village, prendre à gaucher, passer une porte en métal, FACILE.
De belles rencontres sur le chemin
Arrivées à Gölyaka, nous prenons le sentier,
indiqué par un panneau peu après l’entrée du village.
[Attention :
le panneau n’est pas très visible quand on vient de Kapıkırı.] La montée est un peu raide, et les vieilles femmes qui
campent sur un camp municipal réprouvent manifestement la tenue grotesque que
j’ai adoptée pour l’occasion. Au-dessus du village, le sentier tourne pour nous
dévoiler un beau point de vue sur le lac. Bientôt, nous croisons la porte en
métal.
Alors, je le tiens à le dire tout de
suite : cette porte en métal est une arnaque.
- Il ne faut pas la prendre.
- Il y a, sur la gauche, une porte en bois qui elle est la
bonne.
- Il y a de toute façon un balisage rouge très bien fait qui
permet aux empotés d’éviter de se perdre.
Le balisage du monastère de Yediler est très bien perceptible par toute personne ayant des yeux.
Ignorantes de ces spécificités, nous avons
pris la porte en métal et erré deux heures entre les bouses écrasées, les
chardons et les ânes en rut. Sympathique, mais fatigant. L’apparition d’un
groupe de quatre vieillards, sur un chemin de crête dans le lointain, nous a
tirées d’embarras. Et un monsieur très cordial m’a indiqué de sa canne les gros
points rouges sur les rochers :
En plein soleil, malgré la saison, la fin de
la marche est un peu douloureuse, d’autant que nous n’avons pas pris assez
d’eau. Il faut quarante minutes pour voir les tours éboulées du monastère se
profiler contre la montagne. Il est piteux état, mais on peut tout de même
prendre l’ampleur de ses dimensions médiévales.
Effondrées comme des loques sous un olivier
salvateur, nous n’avons plus l’énergie de chercher les fresques qui sont
censées décorer une grotte d’ermite. Je me sens comme un pilote guettant de
l’œil la baisse de la jauge de carburant : nous n’avons pas assez d’eau pour
entamer une exploration approfondie. En plus, j’ai faim.
Je profite de la lumière pour prendre
quelques photos des fleurs qui poussent folâtrement dans le monastère, puis
nous entamons la descente – réglée en 20 minutes. Le retour à Gölyaka est
magnifiée par la découverte du restaurant de gözleme d’un certain Mustafa, mais
où officie son épouse. Les habitués sirotent des bières (il est toujours temps
de le noter : il est difficile de trouver moins islamisé que cette
région).
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