lundi 4 mai 2015

Monter au monastère de Yediler : facile… ou pas



Installées dans notre chambre luxueuse de la pension Selenes, nous n’avons qu’un désir : nous frotter au Latmos.  Il faut dire qu’il est bien joli, avec tous ces blocs qui s’éboulent. Mais il faut prendre en compte un facteur, notre totale absence de préparation physique ; or une montagne, même aguicheuse comme le Latmos, dont le premier sommet, au-dessus de nos têtes, ne culmine qu’à 550 mètres, réclame un peu de mise en jambes.
La première promenade, repérée depuis Fontainebleau, sera donc consacrée au monastère des Sept frères, Yediler en turc. C’est une promenade facile. Nous escomptons donc revenir en vie.
Mais pourquoi ce cher mont Latmos est-il couvert de monastères ?




Il n'y a pas que des moines sur le Latmos!

Lorsqu’au VIIème siècle les moines sont arrivés dans la région, ils ont dû estimer que l’atmosphère y était paisible et la nourriture abondante ; de plus, leurs monastères, édifiés avec toutes sortes de caillasses dérobées à la ville carienne et, j’imagine, à la cité hellénistique, se fondaient dans le paysage. Eh oui : un monastère, au Moyen-Âge, ce n’est pas un vague refuge de barbus dépressifs ou un bouge hideux façon La Religieuse ; c’est une belle aubaine pour les pillards ! D’où l’intérêt de se dissimuler derrière les rochers.
Le monastère de Yediler est ruiné comme les autres, mais la promenade est, croyons-nous, merveilleuse.
C’est sans compter sans les folies du balisage.
Jusqu’à aujourd’hui, mon expérience de la randonnée se résume à quelques dimanches d’errance dans la forêt de Fontainebleau. Suivre un sentier, réclamer la gourde à la copine qui a pensé à la prendre : je sais faire. A priori, il ne devrait pas être beaucoup pour difficile d’atteindre le sommet du Latmos. Un sommet, ça se voit.
Les indications du guide local me paraissent donc pleinement suffisantes : aller à Gölyaka (3 km) par la route, entrer dans le village, prendre à gaucher, passer une porte en métal, FACILE.




De belles rencontres sur le chemin

Jusqu’à Gölyaka, en effet, nous ne rencontrons pas de difficulté majeure, hormis les assauts répétés d’une vieille qui tente de nous vendre des fichus. Le raisonnement tenu la veille, et qui nous a poussées à acheter trois foulards chacune pour décourager les mémés, est parfaitement inopérant : un fichu vendu, de toute évidence, est censé en générer d’autres.
Arrivées à Gölyaka, nous prenons le sentier, indiqué par un panneau peu après l’entrée du village.
[Attention : le panneau n’est pas très visible quand on vient de Kapıkırı.] La montée est un peu raide, et les vieilles femmes qui campent sur un camp municipal réprouvent manifestement la tenue grotesque que j’ai adoptée pour l’occasion. Au-dessus du village, le sentier tourne pour nous dévoiler un beau point de vue sur le lac. Bientôt, nous croisons la porte en métal.
Alors, je le tiens à le dire tout de suite : cette porte en métal est une arnaque.
-  Il ne faut pas la prendre.
-  Il y a, sur la gauche, une porte en bois qui elle est la bonne.
- Il y a de toute façon un balisage rouge très bien fait qui permet aux empotés d’éviter de se perdre.



Le balisage du monastère de Yediler est très bien perceptible par toute personne ayant des yeux.

Ignorantes de ces spécificités, nous avons pris la porte en métal et erré deux heures entre les bouses écrasées, les chardons et les ânes en rut. Sympathique, mais fatigant. L’apparition d’un groupe de quatre vieillards, sur un chemin de crête dans le lointain, nous a tirées d’embarras. Et un monsieur très cordial m’a indiqué de sa canne les gros points rouges sur les rochers :
En plein soleil, malgré la saison, la fin de la marche est un peu douloureuse, d’autant que nous n’avons pas pris assez d’eau. Il faut quarante minutes pour voir les tours éboulées du monastère se profiler contre la montagne. Il est piteux état, mais on peut tout de même prendre l’ampleur de ses dimensions médiévales.
Effondrées comme des loques sous un olivier salvateur, nous n’avons plus l’énergie de chercher les fresques qui sont censées décorer une grotte d’ermite. Je me sens comme un pilote guettant de l’œil la baisse de la jauge de carburant : nous n’avons pas assez d’eau pour entamer une exploration approfondie. En plus, j’ai faim.
Je profite de la lumière pour prendre quelques photos des fleurs qui poussent folâtrement dans le monastère, puis nous entamons la descente – réglée en 20 minutes. Le retour à Gölyaka est magnifiée par la découverte du restaurant de gözleme d’un certain Mustafa, mais où officie son épouse. Les habitués sirotent des bières (il est toujours temps de le noter : il est difficile de trouver moins islamisé que cette région).







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